« J’utilise la téléconsultation pour assurer la continuité des prises en charge »

Myriam Blanquet-Udo, orthophoniste à Plérin (22), nous raconte son quotidien avec de nouveaux outils.

« Désormais les orthophonistes peuvent donc pratiquer la téléconsultation ?

Oui, en raison de l’épidémie de COVID-19, depuis la parution de l’arrêté du 25 mars 2020, certains actes d’orthophonie peuvent être réalisés en télésoin. Il s’agit d’une mesure exceptionnelle et temporaire, qui devrait s’arrêter à la fin de la situation de confinement.

En quoi cela consiste-t-il ? Est-ce facile à mettre en place ? Y a-t-il des obstacles ?

Durant cette période exceptionnelle, l’orthophoniste définit l’opportunité du recours au télésoin. Ce choix relève de l’évaluation et de la responsabilité de l’orthophoniste, qui prend en compte l’état de santé et la situation de son patient, ainsi que les aspects déontologique et éthique. L’information du patient et le recueil de son accord sont bien sûr un préalable nécessaire.

Cette situation est inédite : mettre en place une pratique totalement nouvelle pour nous orthophonistes exerçant en France -cette pratique est fréquente outre Atlantique-, relève du défi et de la « tornade » : professionnelle, cognitive, technologique, administrative…. Mais aussi : passionnante, créative, solidaire ! C’est une expérience « non choisie » ; même si beaucoup d’entre nous avaient déjà réfléchit à ce type d’intervention. Très rapidement nos instances représentatives et la solidarité entre professionnel-le-s a permis de conceptualiser les séances ainsi que les adaptations technologiques et matérielles nécessaires.

Dans l’absolu, il est important de travailler sur une plateforme sécurisée, avec un risque minimum de piratage. Pour le moment la CNAM a donné l’autorisation d’utiliser tout type de plateforme.

Les obstacles sont réels, il faut apprendre, s’adapter à la technologie, rester serein-e devant les aléas, adapter notre matériel et ça peut être anxiogène pour certains. La fracture numérique existe aussi chez certains de nos patients, qui n’ont pas accès aux outils numériques et à la compréhension de ces outils. Il y a aussi des limites à cette pratique : le refus du patient ou des représentants légaux, certaines techniques manipulatoires. Le temps à consacrer, il faut conceptualiser les séances à l’avance, préparer et envoyer du matériel. On doit par ailleurs travailler avec un « aidant » les parents, le conjoint, c’est nouveau pour certains d’entre nous, et ça peut être « délicat » en cas de relations conflictuelles au sein de la cellule familiale.

Quelle est ton impression dans ce nouvel usage en orthophonie ?

En cette période de confinement, quel plaisir de retrouver le lien avec nos patients ! Un plaisir partagé, sans aucun doute sur la nature de cette rencontre : nous sommes bien dans la continuité des soins, en adaptation avec le projet thérapeutique, avec des objectifs orthophoniques qui restent les mêmes. Travailler à distance permet de garder le lien thérapeutique, avec de la part de nos patients et de leurs éventuels aidants une concentration, une stimulation et une bienveillance flagrante. Je crois que nous pourrons faire en téléorthophonie beaucoup plus que ce que l’on pense, la pratique va nous le prouver.

Quelles réflexions futures sur ton travail cette crise t’inspire-t-elle ?

Evaluer les répercussions de ce « hors temps » sur notre pratique, sur notre vie même est une gageure, je ne m’y risquerais pas… Si je devais cependant après ces trois semaines de confinement et ces quelques séances de téléorthophonie faire le point, je retiendrais : l’idée de parents et famille partenaires, que j’ai vécue comme un véritable levier d’efficacité. Une grande concentration de part et d’autre, une stimulation, des échanges bienvenus et parfois surprenants ! Le constat et l’acceptation que nos patients soient plus performants que nous sur la technologie, ce qui -tout de même- bouscule notre égo 😊. Nous découvrons ensemble, patients et soignants une nouvelle manière de faire, encore pleine de tâtonnement et de surprise ! Soyons indulgents avec nous même, avec les patients, les aidants… »

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